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Alger 1957, la ferme des disparus : une enquête minutieuse sur les crimes de l’armée française

dimanche 20 juin 2021, par Michel Berthélémy

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En publiant son enquête sur les disparus de la « Bataille d’Alger » en 1957, Jean-Philippe Ould Aoudia touche à un point fort de la guerre en Algérie. Comme l’écrit Benjamin Stora : « La question des « disparus » n’a cessé de hanter les mémoires blessées de la guerre d’Algérie. Comment accomplir un travail de deuil en l’absence du corps de celui qui a disparu ? » (France-Algérie. Les passions douloureuses).

Dans la troisième partie de son rapport de janvier 2021, Benjamin Stora insiste sur la question des disparus qui, dans tous les conflits, est une question centrale des Droits de l’homme. C’est justement à ce travail que contribue, depuis des années, Jean-Philippe Ould Aoudia, qui vient de publier aux éditions Tirésias-Michel Reynaud, Alger 1957. La ferme des disparus.

Le 19 juin 1956 ont eu lieu les deux premières exécutions de condamnés à mort algériens, Zabana Ben Mohamed et Ferradj Abdelkader Ben Moussa, exécutions qui déclenchent des représailles du FLN. De l’autre côté, l’ORAF (Organisation de résistance de l’Algérie française) s’est structurée et mène différentes actions dont la pose d’une bombe le 10 août 1956, rue de Thèbes, en pleine Casbah, faisant des dizaines de mots civils. Le 30 septembre, des bombes posées par des militantes du FLN au Milk Bar et à la Cafétéria, font quatre morts et une cinquantaine de blessés.

Dans son ouvrage, Jean-Philippe Ould Aoudia écrit : « du 7 janvier au 8 octobre 1957 se déroule ce qui est communément appelé la « bataille d’Alger », que d’autres préfèrent nommer « l’écrasement d’Alger » tant la population civile, majoritairement algérienne, fut l’objet de violences indicibles dans le cadre d’un affrontement inégal entre environ trois mille militants indépendantistes mal armés et pas entraînés, contre environ 20 000 membres des forces de l’ordre ».

En écrivant Alger 1957 – La ferme des disparus, l’auteur poursuit le travail minutieux entamé dans L’assassinat de Château-royal, Alger 15 mars 1962, où il faisait toute la lumière sur ces exécutions et nommait les responsables de l’assassinat de son père et des cinq autres inspecteurs des centres sociaux dont Mouloud Feraoun. Il montre aussi la convergence entre la force militaire, les forces de police et ce qu’on a nommé le contre-terrorisme. Il dénonce le refus constant de dire où les corps des disparus ont été enterrés : « un doute subsiste toujours sur la réalité du crime tant que le corps de la victime n’est pas retrouvé ». Voulant prouver « un crime de masse », il avance des hypothèses bien étayées sur les lieux possibles où ces corps pourraient être retrouvés, ce qui permettrait d’offrir aux victimes une sépulture et aux familles d’avoir un lieu où se recueillir.

L’enquête proprement dite aborde avec précision quelques points cruciaux, notamment la fusion entre les différentes forces françaises de répression en interaction, l’« écrasement » d’Alger et ses 3024 disparus, chiffre rapporté par Raphaëlle Branche dans La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (2001) et enfin le lieu probable de l’enfouissement. Le Général Aussaresses (Services spéciaux, Algérie 1955-1957 : Mon témoignage sur la torture, 2001) a fait état de ses contacts et de ses lieux de résidence et de « travail » et, en particulier, la ferme de Chebli, « La Cigogne », dans la Mitidja. On lira avec intérêt tous les détails que donne Jean-Philippe Ould Aoudia pour illustrer son enquête.

Alger 1957. La Ferme des disparus. Jean-Philippe Ould Aoudia. Editions Tirésias, 2021

Source : Diacritik, Christiane Chaulet Achour 9 juin 2021 Livres
https://diacritik.com/2021/06/09/alger-1957-histoire-et-memoire-jean-philippe-ould-aoudia-et-quelques-autres/

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