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Hébron, Palestine, un documentaire implacable en replay sur France 5

mercredi 10 mai 2023, par Michel Berthelemy

par Samuel Forey, correspondant à Jérusalem, 22 avril 2023

Colonies sauvages, harcèlement, attentats… Un documentaire sans concessions sur le processus brutal et implacable de l’occupation en Cisjordanie. En replay sur France 5 jusqu’au 30 octobre 2023.

Idit Avrahami et Noam Sheizaf voulaient réaliser un film sur l’occupation militaire de la Cisjordanie. Quand, en 2016, le soldat Elor Azaria abat un Palestinien, neutralisé, blessé et à terre, qui avait tenté une attaque au couteau contre des militaires israéliens, l’idée de « Hébron » s’impose. Précisément, la rue Shouhada, où le meurtre a eu lieu. L’ancienne artère commerciale est aujourd’hui interdite à la majorité des 200 000 Palestiniens de la ville, occupée depuis 1967 et la guerre des Six Jours. Mais les 800 colons israéliens peuvent la parcourir, protégés par une brigade d’entre 1 000 et 2 000 soldats.
« Nous ne voulions pas revenir sur l’histoire d’Elior Azaria mais sur celle du lieu. Comme Hébron a été beaucoup filmé, ces cinquante dernières années, il y avait de très nombreuses archives », explique Idit Avrahami. « C’est le seul endroit de Cisjordanie où il y a des colonies au cœur de la ville », ajoute la réalisatrice. C’est aussi le cas de Jérusalem, mais le statut juridique de la ville, annexée en 1967, est différent.

Espoir évanoui

Les deux réalisateurs ont un rapport personnel à la ville. Noam Sheizaf a été basé là-bas en tant qu’officier, à la fin des années 90. Hébron venait d’être divisé en deux zones : H1, où la majorité de la population vit sous le contrôle de l’autorité palestinienne et H2, où vivent les colons et quelque 30 000 Palestiniens. Quant à Idit Avrahami, elle est apparentée à Menucha Rochel Slonim, la matriarche de la communauté hassidique de Hébron, arrivée en 1845 pour être au plus près du Tombeau des patriarches – la sépulture d’Abraham, sa femme et ses descendants, lieu sacré pour les juifs et les musulmans. Certains membres de sa famille ont été tués lors du massacre de 1929, perpétré par des Arabes persuadés que des musulmans étaient assassinés à la mosquée Al-Aqsa. Plus de 60 juifs ont perdu la vie. Le reste de la communauté, quelque 400 personnes, a été évacué par les autorités britanniques.

Hébron, Palestine, la fabrique de l’occupation commence en 1967, quand Israël s’empare de la Cisjordanie. Le maire palestinien de Hébron, Muhammad Ali Ja’abari, se veut conciliant avec ce nouvel occupant, après les Ottomans, les Britanniques et les Jordaniens. Les Israéliens veulent, comme les conquérants précédents, s’appuyer sur les autorités locales. Mais l’espoir d’une cohabitation pacifique s’évanouit bien vite quand, en 1968, le rabbin Moshe Levinger s’installe à l’hôtel Park, au beau milieu de la ville, avec sa communauté. C’est un pionnier du mouvement sioniste religieux, qui appelle tous les juifs à retourner sur les terres d’un royaume biblique fantasmé. Le gouvernement est embarrassé. Muhammad Ali Ja’abari propose alors à cette petite communauté de s’installer sur l’un de ses terrains. L’endroit deviendra Kiryat Arba, la première colonie sauvage de Cisjordanie. Là où réside aujourd’hui Itamar Ben Gvir, l’ancien voyou promu ministre de la Sécurité nationale. Ce modèle devient un succès, il y a aujourd’hui 500 000 colons dans les Territoires palestiniens.

Reconnaissance faciale

Les colons poussent, l’État suit. Les logements juifs, évacués en 1929, sont réinvestis. La présence militaire est renforcée. Hébron s’enfonce dans une longue nuit ponctuée d’attentats, de harcèlement des colons, d’exactions de l’armée, à peine dissipée par les accords d’Oslo, entre deux intifadas qui ravagent les lieux. C’est dans cette ville que Baruch Goldstein, un intégriste juif, tue à l’arme à feu 29 Palestiniens dans la mosquée d’Ibrahim – la partie musulmane du Tombeau des patriarches. C’est dans cette ville que naît l’ONG Breaking the Silence, qui pousse les militaires israéliens à dénoncer les violences qu’ils ont eux-mêmes commises. C’est dans cette ville que sont mises au point les techniques de contrôle – récemment, la reconnaissance faciale – ensuite exportées dans toute la Cisjordanie. Les auteurs veulent convaincre le public local : « Beaucoup d’Israéliens ne veulent pas voir ce qui se passe dans les territoires palestiniens occupés. Ce que l’occupation nous fait, à nous. Comment elle nous rend plus violents. Avec ce documentaire, on leur montre le futur. »

« Hébron, Palestine, la fabrique de l’occupation » d’Idit Avrahami et Noam Sheizaf, d’abord diffusée le 23 avril, est disponible sur France 5 jusqu’au 30 octobre 2023.

https://www.france.tv/france-5/la-case-du-siecle/4811620-hebron-palestine-la-fabrique-de-l-occupation.html

Source :

https://www.liberation.fr/international/moyen-orient/hebron-palestine-pose-un-regard-sans-concession-sur-les-colons-20230422_6M32D7TKZZFVLBOIYPRBLUNQAA/

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