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Le récit fait par le journaliste Khaled Drareni de son interpellation le 10 juin dernier à Alger

dimanche 20 juin 2021, par Michel Berthélémy

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Christian Travers nous signale que le journaliste algérien Khaled Drareni, déjà incarcéré dans un passé récent, a été à nouveau interpellé après l’interview qu’il avait donnée à Christian Chenot pour Radio-France.
Le journaliste fait ici le récit de son interpellation

Trente heures kafkaïennes à Antar

J’ai été interpellé en bas de chez moi ce jeudi 10 juin 2021 à 19h15 par des éléments de la Direction générale de la sûreté intérieure (dépendant du ministère de la Défense).
Arrivé à la caserne Antar, je suis placé dans un bureau enfermé à clé.
Le décor est antarien : un salon en faux cuir Winchester, une petite table, deux chaises, un paravent, des cartons vides de téléphones Alcatel et… un balai.
Durant la trentaine d’heures de garde à vue, j’ai été interrogé à trois reprises : deux fois par un jeune officier et une fois par un officier supérieur, probablement un colonel, francophone et affable, un ex communiste selon Ihsane El Kadi qui était à quelques mètres de moi dans un autre bureau, mais je n’ai eu ce détail qu’après ma libération.
Des repas m’ont été servis à l’heure du dîner et du déjeuner. Je ne les ai pas consommés.
Grâce à mon insistance, j’ai pu passer un coup de téléphone à ma famille le vendredi 11 juin à 1h30. On m’a demandé de leur dire que j’étais dans un commissariat ! J’ai dit à ma famille que j’étais à la caserne Antar, car il ne faut jamais mentir à ses parents !
Les questions ont tourné autour des éléments suivants :
- ma rencontre avec les journalistes français venus à Alger couvrir les élections législatives
- mes rapports avec les « organisations terroristes » MAK et Rachad
- les financements dont je dispose
- les rapports que j’ai avec les « moukharribine » Larbi Zitout, Abdou Semmar et Amir DZ
- est-ce que je suis en train d’enquêter sur la vie privée du ministre de la Communication Amar Belhimer !!!
J’ai répondu à toutes les questions qui m’ont été posées et j’ai signé un procès verbal vendredi 11 juin 2021 à 20h00.
Deux officiers m’ont raccompagné chez moi samedi 12 juin 2021 à 00h30.
Je n’ai subi aucune violence physique ni verbale.
J’aurais pu m’abstenir de faire ce récit, mais j’estime que vous êtes en droit de savoir que deux journalistes et un homme politique ont été arbitrairement arrêtés et séquestrés sans raison apparente. J’en profite pour témoigner ma solidarité pleine et entière avec Karim Tabou et Ihsane El Kadi.

Ces méthodes doivent s’arrêter, car ce n’est pas l’Algérie pour laquelle se sont battus nos ancêtres et nos familles, ce n’est pas l’Algérie pour laquelle sont morts nos chouhadas. Notre pays mérite mieux que cela et nos services de renseignement méritent mieux que ce détournement de leur mission.
Ces méthodes doivent s’arrêter définitivement, immédiatement. Je remercie toutes celles et tous ceux qui se sont inquiétés de ma subite disparition. Face à l’arbitraire qui prive le citoyen de la protection du droit, c’est votre chaleureuse vigilance collective qui fut ma meilleure protection, tout comme elle le fut et le sera pour les journalistes, responsables politiques et associatifs, militants et manifestants que le pouvoir essaie d’intimider par tous les moyens.

Khaled Draren

source : Berbère Télévision, 12 juin 2021
https://www.facebook.com/314721586571/posts/10157807823551572/?sfnsn=mo

https://www.ouest-france.fr/monde/algerie/en-algerie-deux-journalistes-denoncent-des-arrestations-arbitraires-ea217026-cc4e-11eb-85b5-b26ae8917151

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