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Une Algérienne qui a choisi de l’être !

vendredi 11 juin 2021, par René Moreau

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Annie Fiorio-Steiner, pied-noir, jeune femme dans les années 50. Petite-fille d’immigrants d’origine italienne nés eux-mêmes en Algérie depuis deux générations, va suivre, lorsque éclate la révolte en 1954, un parcours exceptionnel et résolu en s’engageant pour l’indépendance. Elle est décédée le 21 avril 2021 à 93 ans.
La 4acg, en particulier la rubrique Femmes et guerre d’Algérie, se devait bien de lui consacrer une page : un aperçu sur la biographie d’Annie Virginie Blanche Fiorio-Steiner

Née le 7-02-1928 à Marengo, (Hadjout maintenant dans la willaya de Tipaza), connue plus tard sous le nom d’Annie STEINER, elle le devient en épousant Rudolf STEINER, un Suisse.
Annie est née dans une famille d’origine italienne, les Fiorio, son père et son grand-père étaient nés eux-mêmes en Algérie.
Elle était donc née du côté du colonialisme, mais sans doute dans une famille plus consciente des méfaits de la colonisation. On peut voir un indice de la justesse de vue, de l’esprit, et de l’originalité de cette famille, particulièrement de son père, qui lui conseille, quand devenue étudiante elle doit choisir une seconde langue, d’apprendre l’arabe ! Choix peu courant dans son milieu et à l’époque. Ce choix pèsera probablement sur ses choix futurs, en effet quel meilleur moyen de connaître un peuple que d’apprendre sa langue, et dans le même mouvement sa culture. Ce faisant y nouer aussi des liens !

Un premier choix qui l’engage !

Pourtant non militante au parti communiste algérien où se rencontrèrent quelques Européens soutenant le FLN, son orientation provient plutôt outre l’ambiance familiale favorable, peut être de son travail en 1955 dans les centres sociaux dirigés par Germaine Tillion, ethnologue et résistante bien connue. Ces centres bien qu’organisés par le gouverneur Jacques Soustelle pour essayer de remédier à ce que les libéraux européens pensaient être les causes de la rébellion : misère, maladies et besoin d’éducation, avec l’espoir de stopper ainsi la révolte, virent plusieurs des employés s’engager et soutenir le FLN.

Mais par rapport à la population européenne générale en Algérie ce choix de la lutte pour l’indépendance fut très rare parmi eux. Alors pourquoi Annie, choisit-elle cette voie ?
On ne peut que faire des hypothèses, mais peut-être la réponse qu’elle fît à une journaliste de Twala Natalya Vince éclaire un peu cela «  Je l’ai fait pour beaucoup de raisons !  » lui dit-elle
Dans ce beaucoup… entrent certainement tous les méfaits et dégâts sociaux du système colonial qu’elle avait pu voir, toutes les violences du système. Et en même temps elle développa ainsi une empathie pour les Algériens côtoyés au cours de ses engagements précédents ou de ses études sans oublier l’esprit familial dans lequel elle avait grandi et qui l’avait conduit comme on peut le penser à cet état d’esprit. Dans ce beaucoup de raisons, y entrent également, ou bien on peut choisir d’y mettre sans aucun doute tout ce qui fait le mystère des êtres et des évolutions individuelles. C’est-à-dire la somme des expériences passées de leur existence. Cela fait un tout qui conditionne leur futur !

Pourtant ce choix elle l’a payé d’un prix énorme : son mari ne la comprit pas et la quitta. Il partit en Suisse avec leurs deux filles qu’elle ne put revoir que bien des années plu tard, et renouer des liens avec ses filles fut très difficile.
« On a élevé mes deux filles contre moi » confiera-t-elle à la même journaliste de Twala.

L’épreuve de la prison, solidarité et sororité

Elle s’engage donc dès 1954-55, est arrêtée en octobre 1956, incarcérée à Barberousse et condamnée en mars 1957 à 5 ans de réclusion par le tribunal des forces armées d’Alger pour aide au FLN.
Elle effectue sa condamnation dans diverses prisons où la résistance aux conditions de détention qui leur sont imposées leur vaut, à elle et ses sœurs algériennes de nombreuses brimades en supplément ou des séjours dans des prisons disciplinaires comme à Blida. Pour supporter la prison elles utilisent leur solidarité « sans solidarité il n’y a plus de groupe » dit Annie, « il fallait faire bloc et se soutenir mutuellement ». Par exemple avant son procès ses sœurs de détention lui bricolent des bigoudis pour faire le lendemain bonne impression au tribunal. Elles obtiennent aussi une visite du CICR (Croix Rouge). Mais chaque amélioration se paie d’abord d’une punition supplémentaire avant d’aboutir.

Elles entendront dans la cour de la prison au petit matin l’exécution de trois militants guillotinés :
« À Barberousse, la première exécution que j’ai entendue, parce qu’on ne voyait pas, mais on entendait, c’est celle de Fernand Iveton, avec Mohamed Ouennouri et Mohamed Lakhnèche. Ils étaient trois. Les deux étaient des jeunes et Iveton avait 30 ans. … Chaque année, nous commémorons l’exécution de Fernand Iveton. Nous sommes très nombreux au cimetière. C’est bien, mais nous oublions les deux autres, Mohamed Ouennouri et Mohamed Lakhnèche. Et je dis : « Non, ils étaient trois, ne séparons pas ceux que la mort a unis. »
Le soir même elle compose dans sa prison le poème « Ce matin ils ont osé, ils ont osé vous assassiner ».

La Liberté retrouvée et le choix de sa nouvelle patrie !

Puis elle est transférée en France à Paris, Rennes, et Pau. Elle sera libérée en 1961. Elle opte pour la nationalité algérienne en 1962.
À sa libération des prisons françaises, elle rejoint la Suisse où résident son mari et ses deux filles encore petites. Après l’arrestation d’Annie il avait quitté l’Algérie emmenant ses deux filles qu’il avait arrachées à leur grand-mère pieds-noirs. Elle essaya de reprendre leur garde mais perdit son procès devant les tribunaux suisses, « perdre la garde de mes filles est ce qui a été le plus dur, je n’accepte pas le fait qu’on m’ait pris mes enfants ! »
Sans le sou en Suisse elle rencontre Meriem, qui lui paie le voyage de retour en Algérie. Elle trouve un travail au secrétariat du gouvernement qu’elle occupera durant plus de trente ans, où dans ce poste elle aidera de nombreux jeunes Algériens à se former à l’administration.

Plus récemment devant la situation actuelle elle dira

“Je n’ai pas fait cinq années de prison et perdu mes enfants, pour voir l’Algérie pillée comme au temps du colonialisme, pour que Monsieur Mohamed remplace Monsieur Pierre… Il me semble évident que bientôt, tous ces prédateurs avides et sans scrupules, pour qui les textes juridiques ne sont que du papier, auront en face d’eux des jeunes et des moins jeunes qui leur demanderont des comptes.”

Crédit photo Carole Filiu-Mouhali

Sources :

Twala Infos : https://twala.info/fr/qui-est-qui/annie-steiner-une-histoire-tres-algerienne/

Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Steiner

Le blog trotteur : http://www.blog-trotteur.com/annie-steinervous-connaissez/

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